Mankpad’ere s’oppose au démantèlement de la FDSP !

Lettre ouverte en réponse à la demande de rattachement de la filière de science politique à la Faculté de Sociologie et d’Anthropologie

La lettre au format PDFLa demande de rattachement au format PDF

A Lyon, le 28 juin 2010,

La filière de science politique, une des plus anciennes de France, regroupe des étudiants toujours plus nombreux, attirés par son approche multi-disciplinaire, et notamment orientée vers les sciences sociales, d’une discipline trop longtemps reléguée en option d’une filière droit ou bien circonscrite aux IEP.

Huit politistes de la Faculté de Droit et Science Politique ont pris l’initiative de demander le rattachement de la filière de science politique à la Faculté de Sociologie et d’Anthropologie du campus de Bron.

Mankpad’ere, l’association des étudiants de la Faculté de Droit et Science Politique est fortement liée à son sort. Nous souhaitons donc contribuer au débat, en réponse à l’invitation de l’Assemblée Générale des personnels administratifs, que nous remercions au passage pour l’attention.

Une telle démarche présente effectivement des intérêts manifestes : convergence cohérente de la science politique et des sciences sociales, création de M2 au sein même de l’Université Lyon 2, accès à des locaux potentiellement plus grands… et se retrouve donc appuyée par la faculté de Sociologie et d’Anthropologie.

Si nous ne remettons pas en cause les éléments positifs évoqués plus hauts, nous déplorons les effets négatifs qu’une telle décision pourrait avoir sur la filière. En effet, l’intérêt d’une telle mesure est plus que limité s’il ne s’agit que de s’aligner sur des standards anglo-saxons.

En effet, un rattachement à la filière de droit présente plusieurs avantages reconnus.

Tout d’abord, la licence bidisciplinaire droit et science politique, par exemple, est bien reconnue et permet d’obtenir un diplôme réputé sur le marché professionnel. En effet, mise en place depuis quatre ans, elle a permis d’associer la rigueur du droit avec la richesse spirituelle de la science politique. Cette licence représente aujourd’hui un atout considérable pour nos études et notre métier de demain. Une séparation des deux filières entraînerait un retour en arrière dommageable pour ce projet ambitieux et tellement bénéfique pour les étudiants, de science politique comme de droit.

Ensuite, comme évoqué précédemment, ces deux enseignements gagnent en richesse lorsqu’ils sont étudiés conjointement. La filière de droit bénéficie notamment de la présence de politistes actifs et reconnus au sein de la Faculté en permettant une approche différente et intéressante, ce qui se traduit également par un attrait  non négligeable pour la filière de Droit de Lyon 2.

Nous ne souhaitons pas cependant remettre en cause l’idée intéressante d’éventuels M2 proposés au sein de l’Université Lyon 2. Cependant, il faut relever que la possibilité d’accéder à des enseignements extérieurs par le biais d’accords, notamment à l’ENS et l’IEP, permet un panel de cours plus important, et donc une composition d’un cursus personnalisé qui est un atout considérable pour les étudiants. C’est également la possibilité de créer des profils hétérogènes qui donnent une plus-value essentielle à la formation, et garantit également un accès plus avantageux aux enseignements de troisième cycle.

Sans même parler de l’état déplorable des locaux de Bron faute de considération satisfaisante, la séparation des filières droit et science politique va engendrer des changements importants dans l’organisation de ce cursus, du fait de l’éloignement des deux campus. Ces deux filières faisant l’objet de nombreux cours communs, que nous ne souhaitons pas voir disparaître, il paraît plus qu’inadapté de les répartir sur deux campus différents. Ainsi, peu d’étudiants seront en mesure de choisir ces deux filières dès la première année, sans parler de la difficulté de choisir la licence bidisciplinaire droit et science politique par la suite, ce qui la condamnera à coup sûr malgré le grand intérêt et la forte originalité que représente cette formation.

De plus, les ouvrages de droit et de science politique ont été rassemblés au sein de la toute récente bibliothèque Chevreul – qui a fait l’objet de travaux de longue haleine il y a peu de temps – et un nouveau déménagement entrainerait nécessairement diverses difficultés d’organisation, tant pour les étudiants que pour l’administration.

La science politique à l’Université Lyon 2 fait en effet l’objet d’un enseignement spécifique plus proche des sciences sociales et par conséquent de la sociologie, mais l’éloignement des Facultés de Science Politique et de Sociologie n’a jamais empêché le lien entre ces deux enseignements proches. Cependant, un « éloignement physique » du droit et de la science politique aurait des conséquences néfastes sur ces deux enseignements dont la complémentarité est moins évidente mais pourtant bien réelle.

Par ailleurs, un tel rapprochement précipite la réflexion sur l’avenir de la filière droit de l’Université Lyon 2, qui a pourtant su se distinguer de celle de Lyon 3 à travers une approche pédagogique différente et une ouverture sur les autres disciplines, à travers une série de double-licences et de licences bidisciplinaire notamment. Malgré les éventuelles différences de philosophie entre ces deux filières, leur regroupement représente en effet, comme on l’a vu, une complémentarité positive pour les étudiants qui crée un attrait important pour l’Université Lyon 2.

Un dernier élément, important à nos yeux même s’il peut sembler négligeable : depuis maintenant 5 ans, notre association, Mankpad’ere, agit pour animer la vie intellectuelle et estudiantine du Campus des Berges du Rhône. Cette association est à l’origine d’une grande partie de la vie étudiante sur les quais. Qu’en sera-t-il lorsque les deux filières seront séparées ?

Après le coup porté à la vie étudiante par la modification des emplois du temps, c’est une des associations les plus actives de l’Université qui risque de disparaître. L’émulation de la culture de la filière de Science Politique avec celle de droit est l’essence même de Mankpad’ere.

En outre, le travail de terrain effectué par notre association ces denières années serait annihilé par une telle scission. La création d’un tissu associatif sur le campus des Berges du Rhône, avec la création de l’IRED qui est un Institut de Recherche novateur regroupant des étudiants sur le thème de l’environnement durable, comme l’économie sociale et solidaire, ainsi que les nombreux partenariats entre Mankpad’ere et les autres associations de l’Université et même du quartier seraient remis en cause par une telle décision.

Nous déplorons enfin les éléments qui amènent à une telle décision, notamment le différend entre l’IEP et l’Université Lyon 2, pour lequel nous appelons de nos vœux un maintien du rattachement actuel, car celui-ci amène une ouverture d’esprit et une diversité des profils qui est la plus grande force de Lyon 2. Nous regrettons également la prise de distance avec l’ENS-LSH, qui a pourtant elle-même prouvé l’intérêt d’ouvrir de nouveaux horizons aux étudiants en fusionnant avec l’ENS Sciences.

Une telle décision remettrait donc en cause la singularité constructive d’une filière pourtant efficace et attrayante, tout en menaçant gravement la survie de notre association pourtant bien implantée sur le campus.

Nous sommes favorables à l’émergence d’un Département de Science Politique au sein de la Faculté, qui permettrait d’accorder une plus grande autonomie aux deux disciplines tout en continuant de créer les synergies qui permettent à ces filières d’attirer de nombreux étudiants désireux de se constituer une culture personnelle et non de s’enfermer dans des dogmes peu propices à l’épanouissement personnel. Les relations nécessaires entre science politique et sociologie pourraient s’en voir renforcées, sans pour autant sonner le glas des synergies que nous venons d’évoquer.

Nous restons à votre disposition pour toute question supplémentaire et vous prions d’agréer nos sentiments les plus universitaires.

Les signataires :

L’association Mankpad’ere,

Membres actifs

  • Margaux Cannaméla, Secrétaire de Mankpad’ere, M1 Science politique
  • Christelle Chapel-Prudhomme, L2 Science politique-anglais
  • Ségolène Couturier, L2 Science politique-anglais
  • Noé Dethier, L1 Droit-Science politique
  • Quentin Dexpert, L3 Science politique
  • Gino Giubergia, M1 Science politique
  • Marion Jacquet, M1 Science politique
  • Yvan Matz, L2 Droit-Science politique

Membres d’Honneur

  • Fanny Benzeghiba, ancienne étudiante de droit et de l’IETL
  • Laure Bret, ancienne étudiante de droit
  • Florian Cimetière, ancien étudiant de droit, entrepreneur
  • Bertrand Paris, ancien étudiant de science politique, entrepreneur et étudiant à l’Institut d’Urbanisme de Grenoble

Sympathisants

  • Lola Mongaï, L2 Science politique
  • Baptiste Trallero, M1 Science politique